Adé, la Majorine de l'Oyack : théâtre
Livre

Adé, la Majorine de l'Oyack : théâtre

de Françoise James-Ousénie

Malgré les dispositions sociales et politiques mises en oeuvre en France par les effets de la Révolution française de 1789, la colonie de la Guyane est toujours divisée en 13 quartiers, administrés par un fonctionnaire venu de France ou des autres colonies, en qualité de commandant-commissaire ou lieutenant-commissaire.

C'est seulement en 1835, qu'une municipalité sera établie en Guyane. Cayenne deviendra l'unique commune, en sa position de principal centre administratif, sous le règne du gouverneur Jean Jubelin.

Ce statut de commune reste néanmoins partiel. Les nouveaux citoyens n'ont toujours pas droit au vote. Le maire est nommé par le gouverneur. Ce dernier est choisi généralement parmi des fonctionnaires extérieurs à la colonie.

En 1879, après le passage de vingt-trois gouverneurs, qui ne restaient en poste habituellement que durant deux ans, ou moins, la situation évolue enfin.

Le gouverneur Marie Alfred Armand Huart annonce aux Cayennais qu'ils ont obtenu le droit de vote pour les municipales. Ils pouvaient, en conséquence, élire les membres du conseil municipal.

Cette liberté demeurait toujours incomplète.

Le gouverneur nommait encore le maire, selon ses propres critères.

Néanmoins, à partir de ce moment, il était contraint de désigner le maire parmi les conseillers municipaux issus du suffrage universel.

En 1884, sous le règne du gouverneur Jean Baptiste Antoine Lougnon, le quatrième depuis le droit de vote accordé aux citoyens cayennais, le gouvernement parisien consent, à autoriser la constitution de communes rurales dans la colonie, soit 12 ans après la publication du décret national.

Cette nouvelle disposition va transformer les administrations rurales en de réelles communes, constituées d'un conseil municipal, avec à sa tête un maire. Elle va également permettre aux nouveaux citoyens ruraux de participer pleinement au suffrage universel.

Tous les maires de Guyane sont désormais, issus des conseils municipaux, élus par les citoyens.

Le gouverneur n'a plus le pouvoir de désigner les exécutifs. Il garde, tout de même, la main sur le budget et les décisions des élus. Il peut donc invalider un budget ainsi que des décisions des conseillers municipaux.

En 1888, quatre ans après la création des communes rurales, et deux gouverneurs plus tard, le mulâtre Guadeloupéen, Anne-Léodor-Fernand Metellus-Honoré Gerville-Réache, celui à propos duquel, le journal l'Écho saumurois, écrivait « ces Nègres ont tant de noms », devient le nouveau gouverneur de Guyane ; promotion qu'il obtiendra après avoir servi deux ans à Mayotte, en qualité de commandant-administrateur, de 1885 à 1887.

En 1889, le gouverneur décide de changer le fonctionnement administratif des communes rurales de Guyane. Il considère le système de municipalisation démocratique dans la colonie comme un affaiblissement du pouvoir autocratique du gouverneur. Il est à son premier poste de gouverneur et il regrette que son propre pouvoir soit altéré. Il s'organise donc pour supprimer les communes rurales. Ce qui n'était nullement envisageable pour Cayenne, qui centralisait, déjà, toutes les administrations et instances de pouvoir et de décisions.

Pour parvenir à ses fins, le gouverneur Anne-Léodor Gerville-Réache déclare la population inapte au vote éclairé. Il avance comme argument qu'elle a permis l'installation à la tête des communes, des personnes illettrées, incapables de comprendre les finances et de gérer un budget.