
Le 19 mai 2021, au 45 de la rue Casimir Périer à R***, la police a découvert deux corps sans vie.
Devant l'absence de trace d'effraction ou de violence, des autopsies ont été demandées et ont révélé que ces inconnus étaient morts de faim et de soif.
Plus tard on a su qu'ils se nommaient Karine et Franck, qu'ils étaient frère et soeur et qu'ils avaient décidé de mourir ainsi.
C'est là que tout commence. Evénement ininterprétable, dont aucune science ne pourra rendre compte, qu'aucun dieu n'aura voulu et qui est un appel à l'écriture, à la littérature. Mathilde Ribot s'est attachée à poursuivre un sens qui échappe dans l'examen littéral de vies rêvées. S'y découvrent trois figures : la sainteté, le mal, l'innocence. Trois figures qui se déplient méthodiquement dans une écriture au coeur du simple, dans une existence sans révolte, comme un ultime acquiescement à la vie.
J'essaye de penser à ce que les autres sont et que je perçois à travers la télévision ou la rue. Je regarde depuis toujours très intensément ce qui m'est étranger. J'imagine des vies sans pouvoir me les approprier. C'est étrange, comme un grand vide, comme un rêve qui serait interdit. Je n'ai pas d'envie particulière devant le grand cirque extérieur, mais je perçois des fragments d'incomplétude, de la sensation inerte, une pièce manquante ou perdue. Pourquoi sommes-nous ainsi restés à la lisière de tout ? c'est difficile à dire. Nous avons manqué de désir. Nous avons donc eu toutes les misères.
Nous étions modestes c'est vrai mais sans être dans le besoin non plus, rien d'infamant. Nos voisins nous ressemblaient et nous n'avons certes pas grandi avec la honte de n'être pas autre chose. En fin de compte, je pense que personne ne réfléchissait vraiment à ce qui se passait sous nos yeux, c'est-à-dire la vie. C'était l'inverse, le temps qui filait empêchait tout. Nos sept existences mêlées nous débordaient. Nous étions un maelström sans queue ni tête qui a tout dévoré. Aucun de nous n'a survécu.
Mais c'est quoi exactement vivre ?