
Ernst Ludwig Kirchner
« Le nu, fondement de tous les arts plastiques »
À l'aune de nos libertés en péril, l'exposition « L'art dégénéré » au musée Picasso de Paris, orchestrée comme une campagne publique de diffamation et de destruction massive de l'art moderne, entre en résonance avec cet essai consacré au peintre expressionniste allemand Ernst Ludwig Kirchner (1888-1938). Son auteur ne cache pas ses affinités électives avec cet artiste multipiste, immense provocateur contre l'art établi et académique, par les représentations de ses nus en liberté, tant en atelier que dans la nature, sans pour autant en renier les parts d'ombre à la lumière de son époque charnière. Depuis la création du Groupe « Die Brücke » (Le Pont), en tant que jeunesse révoltée contre le joug de l'Empereur et de ses pères, jusqu'à sa période berlinoise marquée par de profonds chocs culturels et par la guerre de 14-18 - guerre dont, comme « engagé volontaire », il ne se remettra jamais -, puis jusqu'à son refuge à Davos en Suisse et l'évolution de son art, son parcours témoigne d'une existence tourmentée. Au final, son existence écourtée s'achève par son suicide à l'âge de 58 ans, alors qu'il était considéré comme un artiste « dégénéré » par le régime nazi.