Je dis tue à tous ceux que j'aime
Livre

Je dis tue à tous ceux que j'aime

de Olivier Sillig

«Transbordement !»

La voix métallique d'un haut-parleur de gare résonne

distinctement sous le crâne d'Axis Gooze.

Une autre voix, grave, éraillée, plutôt bienveillante, toute proche

et bien réelle celle-là, lui parvient difficilement à travers le

brouillard jaunâtre qui a envahi ses pensées :

«Monsieur Gooze, tout ce dont vous vous souvenez, dites-vous,

c'est de ce moment où vous êtes entré dans l'hôtel avec les deux

bouteilles de Slibe et le radiateur que vous étiez venu livrer en

ville. Pourtant, tout à l'heure, vous avez débarqué au commissariat

en disant que vous aviez tué quelqu'un...»

Entre ces deux voix, huit jours ont passé.

Maintenant, Axis est roulé dans une méchante couverture grise,

un peu mouillée près du cou et qui sent le vomi et l'alcool. Il est

posé là, sur une banquette, comme un paquet, retenu par un coin

de mur.

À l'instar de l'homme qui l'interroge, il aimerait bien se souvenir.