
Les monographies qui composent L'Art du XVIIIe siècle ne visent pas à
l'exhaustivité. Les deux frères dédaignent la peinture d'histoire. Ils privilégient
les toiles ou les dessins qui leur semblent anti-académiques : fêtes galantes,
natures mortes, portraits au pastel. Ce n'est pas la grande manière qui les
intéresse, mais ce qu'on pourrait appeler, en se souvenant de Verlaine, le «mode
mineur». Ni Restout ni Subleyras ne sont convoqués, sinon occasionnellement.
En revanche, à côté des grands noms (Watteau, Boucher, Chardin, Fragonard,
Greuze, Prud'hon), on voit surgir des dessinateurs et des graveurs (Eisen,
Gravelot, Moreau, Cochin, Augustin de Saint-Aubin, Gabriel de Saint-Aubin,
Debucourt). Les Goncourt réservent donc une part importante au dessin
d'illustration : il témoignerait qu'au XVIIIe siècle l'exigence artistique se
manifesterait jusque dans les «minusculités» des vignettes. Les objets, y
compris ceux de la vie quotidienne, n'y seraient pas coupés de l'art. Le siècle des
Lumières serait donc un siècle organique.
Ils l'analysent encore d'un autre point de vue. Les toiles, les dessins de
Boucher et de Fragonard voilent, dévoilent, jouent d'un colin-maillard érotique.
Quant à Greuze, il se plaît trop à évoquer les infortunes de la vertu pour être
parfaitement honnête. C'est un «féminaire de la peinture» (Alain Buisine) que
l'on découvre en lisant L'Art du XVIIIe siècle. Si la «libidinerie» humaine se
manifeste dans les tableaux, le désir semble parfois guider et inspirer la plume
des Goncourt lorsqu'ils en rendent compte. Ils donnent à leur tour du plaisir à
leurs lecteurs par cette érotisation de l'écriture.