
Selon Gilles Plazy, «dans ces nouvelles, Marie
Gerlaud s'affirme comme un écrivain de l'entre-deux, de
cette expérience au fond assez commune, mais difficile
à dire qu'est la sensation de vivre entre deux eaux,
d'avoir demeure à l'entresol, à l'entreciel, ni tout à fait
les pieds sur terre, ni tout à fait la tête au ciel. Un peu
dans les nuages, ou dans la brume. N'y a-t-il pas un flou
essentiel dans la condition humaine, à moins de se payer
d'illusions ? N'y a-t-il pas plus d'inconsistance dans ce
qu'il est coutume de nommer le réel que nous le laissent
entendre les discours convenus ? Nous vaquons dans
l'incertain, qui est l'air et la lumière de notre aquarium.
Aussi le monde nous est-il toujours étrange, les autres
inaccessibles et nous-mêmes en perdition. Mais celle-ci
n'est pas dramatique : le désespoir serait de trop, déjà
une certitude, une emprise. Simplement le fait d'être là,
insensé, comme sans origine ni destin, sans attaches ni
attelles, hors de l'histoire, celle qui modèle les siècles.
La leur est une fragile anecdote, mais toute de rêverie,
de sensibilité, et dont ils n'auront jamais la clef».