Tuta Blu : colères, souvenirs et rêves d'un ouvrier du Sud
Livre

Tuta Blu : colères, souvenirs et rêves d'un ouvrier du Sud

de Tommaso Di Ciàula

Plongée radicale dans les pensées d'un ouvrier des Pouilles, Tuta Blu est un texte mythique qui a fait le tour du monde. Cinquante ans après sa parution, ce roman-mémoire et pamphlet témoignant des ravages de l'usine et de la fin d'une civilisation, conserve sa modernité furieuse et lucide.

« Tuta blu », c'est le bleu de travail de l'ouvrier, soumis aux trois-huit et aux rendements, comme l'écho au bleu de la mer Adriatique, pourrie par les déchets issus de l'industrialisation forcée du sud italien.

Fatigue, crasse, terreur, oppression, lâcheté des chefs et des syndicats, ennui du dimanche, atteinte aux corps, hantises et rêves, toutes les conséquences du travail jalonnent cette oeuvre visionnaire, et dont la portée critique ne se sépare jamais d'une infinie tendresse.

« Avec cette petite lime tu devais avoir du rendement. Et voilà le problème, le rendement. De quel droit exigent-ils du rendement, que veut dire le rendement, le maire de mon village a-t-il du rendement ? Le curé de ma paroisse a-t-il du rendement ? Pourquoi dois-je produite ce qu'ils disent, eux, et jamais ce que je dis, moi ? Comment font-ils pour établir le rendement ? Que suis-je, une machine ? La machine, qui est en acier, s'abîme aussi, alors tu imagines un homme. Qui peut établir combien et comment je dois travailler, et de quel droit ? »

Ouvrier, petit-fils de paysan, Tommaso Di Ciàula (1941-2021) a vécu et travaillé près de Bari, dans les Pouilles. Tous les jours, il a enfilé son bleu, fait ses huit heures, et, après l'usine, sur les coups de 23 h, écrit : il a écrit l'industrialisation, le consumérisme, l'aliénation par l'automobile, le football ou les syndicats. Toujours avec la volonté de témoigner du quotidien et des transformations imposées par l'usine aux hommes et aux paysages...