
La Grande Guerre constitue un
motif récurrent dans l'oeuvre
de l'écrivain liégeois Robert
Vivier (1894-1989). De poèmes en
chroniques, de romans en essais, de
souvenirs de guerre en articles, Vivier
est revenu sur son expérience du front
de l'Yser pendant des décennies. Les
textes ont été retravaillés, les images réemployées, les événements réécrits
à plusieurs occasions, comme si la Grande Guerre devait toujours être redécouverte
et réinterprétée. L'oeuvre traduit ainsi de manière exemplaire
l'intarissable nouveauté de cette expérience fondatrice du XXe siècle.
À travers la comparaison de différentes versions de textes, écrits pendant
et après les deux guerres mondiales, au moins trois «Grandes
Guerres» différentes apparaissent. Entre les premiers textes de 1916 et quatre
vers inédits couchés sur le papier en 1984, le premier conflit mondial
oscille entre signification et absurdité, entre volonté et fatalité, entre solitude
et fraternité. L'étude de cette longue quête de sens, qui ne s'est achevée
qu'avec la mort de l'auteur, permet de souligner le caractère construit
de l'expérience et l'importance du regard porté rétrospectivement sur elle.
Ce livre confronte également l'oeuvre de Vivier à celles d'autres combattants
belges et souligne certains moments-clés, comme la sortie de
guerre ou la polémique initiée en Belgique par Témoins de Jean Norton Cru.